• Construction du barrage d

      Construction du barrage d'Emosson, ca 1967-1973

    1945 – L’après-guerre

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    Après la 2ème guerre mondiale, le Valais, épargné par le conflit, constitue un pôle d’attraction pour la main-d’œuvre étrangère. Le canton connaît en effet une importante évolution économique. Les grands travaux reprennent, notamment dans l’hydroélectricité. Les chantiers de la Grande-Dixence et de Mauvoisin débutent dans les années 50. Là encore, les conditions sont difficiles et les accidents fréquents. Le « drame de Mattmark », en 1965, reste dans les mémoires. 88 personnes sont englouties suite à l’effondrement d’une partie du glacier sur le chantier du barrage.

    Parallèlement, le tourisme se développe, favorisé par la création de nouvelles voies de communication, telles que les routes ou les cols et tunnels alpins. De nombreuses stations voient le jour, tandis que Verbier, Crans-Montana et Zermatt poursuivent leur développement. En une quinzaine d’années, de 1950 à 1965, le nombre de nuitées triple dans le canton.
    Parmi les travailleurs étrangers qui affluent vers le Valais, les Italiens restent largement majoritaires jusqu’au début des années 60 et monopolisent près de 90% des autorisations accordées. La plupart sont saisonniers (en 1960, 64% des étrangers en Valais sont au bénéfice d’un tel permis, contre près de 27% en moyenne suisse). Les transalpins sont ensuite imités par les Espagnols, qui constituent le second courant d’immigration en Valais. L’apogée de leur présence se situe en 1972. Ils représentent alors 28% de la main-d’œuvre étrangère dans le canton.

    Paradoxalement, cette industrialisation du Valais s’accompagne toujours d’une émigration d’indigènes vers d’autres pôles, des personnes formées qui ne trouvent pas un emploi correspondant à leur qualification ou leurs attentes. La proportion de Valaisans établis dans d’autres cantons poursuit ainsi sa progression. Elle atteint 18% en 1950, puis 28% en 1970. « Ces pôles attirent une main d’œuvre spécifique, comme le faisait l’Argentine à l’époque », estime Jean-Henry Papilloud. Une certaine élite valaisanne s’en va également. Dans ses écrits, Marie Claude Morand, directrice des Musées cantonaux du Valais, parle d’intellectuels valaisans « en quête de légitimité » dans un Valais où règnent « les valeurs terriennes ».

    Sur le plan politique, cet afflux de travailleurs étrangers fera resurgir certains élans nationalistes. Dès 1965, plusieurs initiatives hostiles aux étrangers sont lancées en Suisse, dont les célèbres initiatives Schwarzenbach, du nom de leur instigateur. En réaction, le gouvernement durcit le ton. En 1970, le Conseil fédéral introduit pour la première fois un quota annuel pour l’admission de nouveaux travailleurs.

    Le saviez-vous?

    De la fin des années 60 au début des années 90, l’Action nationale et le Mouvement national d’action républicaine déposent une série d’initiatives anti-étrangers. La première est retirée par James Schwarzenbach. En 1970, le deuxième texte est refusé à 54%, en Valais comme sur le plan national. En 1974, les Valaisans sont 71% à refuser la troisième initiative, contre 66% en Suisse. Ils sont ensuite plus de 75% en 1977 (2x) puis 1988 pour refuser les 4ème, 5ème et 6ème initiatives. Une nouvelle fois, le canton refuse ces objets plus nettement que la moyenne suisse. A noter que l’initiative « Etre solidaires en faveur d’une nouvelle politique à l’égard des étrangers » est elle aussi refusée en 1981 : à 84% sur le plan suisse, 87% en Valais.

    A noter enfin que les migrations de travail ne constituent pas l’unique motif de venue en Suisse. Durant l’après-guerre, le pays est confronté à trois grandes vagues de demandeurs d’asile : les réfugiés hongrois en 1956, tchèques en 1968 et chiliens en 1973. « Le Valais, comme tous les cantons suisses, a accueilli une partie de ces réfugiés », précise Jean-Henry Papilloud.